
Entre analyse, vécu et slam, un appel à l’intersectionnalité, à la solidarité et à « choisir l’amour », contre les valeurs dominantes. Lara nous invite à se déconstruire, à regarder les corps autrement.
Nous vivons dans une société qui nous dit qui nous sommes; une fille doit embrasser sa féminité en mettant des robes et un garçon ne peut pas porter du rose car ce n’est pas viril.
Et si on racontait qui nous sommes vraiment ?
Si tu casses les codes en renonçant aux images collectives ou que c’est ton projet installe toi confortablement et recréons ensemble le monde de demain.
Le système capitaliste dans lequel nous vivons nous ouvre la porte vers une dualité où chacun et chacune a sa place : les dominants et les dominé.es.
Dès que nos poumons se gonflent d’air pour la première fois, notre être pleure de cette souffrance qui nous tombe dessus.
Il y a les blancs, il y a les noirs.
Il y a les hommes, il y a les femmes.
Il y a les hétérosexuels, il y a les personnes de la communauté LGBTQIA+.
Il y a les valides et les invalides.
Il y a les riches et il y a les pauvres, …
Nous additionnons nos différentes identités et nous collectionnons nos privilèges comme nos oppressions.
Bell Hooks est une auteure engagée dans le féminisme noir contemporain.
Elle s’interroge sur les rapports de domination dans son ouvrage « Culture insurgée, Résister à l'hégémonie culturelle, décoloniser nos imaginaires ».
Elle nous explique que chaque oppression n’est pas vécue de la même façon pour chacun et chacune. Au sein même du groupe des femmes partageant la même injustice, les femmes blanches prennent le dessus sur les femmes racisées.
Cela nous pousse à réfléchir d’une façon plus intersectionnelle ; une femme noire, précarisée et lesbienne vivra plus de discrimination qu’une femme blanche issue de la classe moyenne et hétérosexuelle si elles sont toutes les deux à la recherche d’un logement par exemple. Le racisme et l’homophobie sont des réalités auxquelles les femmes blanche et hétérosexuelles ne doivent pas se confronter.
De plus, la faculté d’avancer les trois mois de loyer demandé ne sera aussi contraignant pour ces deux femmes.
Mais comment se fait-il que de génération en génération les groupes dominants soient toujours les mêmes ?
Nous sommes multiplement socialisés que ce soit par la famille, par l’école, par nos groupes de pairs ou encore par les différents milieux que nous côtoyons. Emile Durkheim dans son ouvrage « Education et sociologie » nous parle de socialisation primaire et secondaire.
On pense qu’on est qui on est par choix mais nous sommes sans cesse manipulé.es pour atteindre un idéal qui ne nous concerne pas spécialement. Nous perpétuons par notre imaginaire collectif des stéréotypes et nous nous en plaignons par la suite. Mais qui les crée ?
Si je te parle d’une femme qui joue au football tu vas certainement imaginer qu’elle est masculine et qu’elle adopte un style de « garçon manqué ». Ce dernier est déjà une représentation de la dominance, l’homme est au centre encore une fois.
Par l’hégémonie culturelle, Hooks entend la culture dominante-celle qui est partagée par la suprématie blanche capitaliste patriarcale — qui s’impose comme une évidence universelle.
Des cases nazes me cadenassent
Je tombe à la ramasse en marge de cette masse
Métissée entre deux identités tissées, mais dis-moi qui t'es ?
Trop claire pour être marocaine, trop bouclée pour être caucasienne
Trop garçon manquée pour être une femme, trop douce pour être un homme
Trop pauvre pour être riche, riche de pouvoir sortir de ma ruche
Couche après couche, comment se réapproprier les mots qui sortent de leur bouche
Les ouvrières doivent se révolter contre leur reine
J'ouvre l'ère de renoncement de toutes ces chaînes
Oui, toujours ! Pensez que nous sommes des individus passifs, c’est nous laisser happer par cette société; mais c’est à nous de résister.
Nous devons jouer avec le capitalisme, nous sommes des consommateurs de la société et nous avons un impact.
Tiktok ou encore Instagram sont des réseaux sociaux qui font défiler des milliers et des milliers d’images à la seconde qui découlent de notre algorithme. Chaque « pour toi » s’ajuste à ce que l’on consomme et nous enferme de plus en plus. Par ses idées, bell hooks nous invite à reprendre le pouvoir de conscientiser nos consommations et de les réorienter.
Notre regard critique nous permettra de pouvoir choisir et de ne pas se faire imposer des idées préconçues. Tu peux scroller à l’infini ou choisir quel contenu tu veux visualiser.
Est-ce que se déconstruire est assez ?
Chaque minorité vit ses réalités et il est important pour chacune d’elles de pouvoir se retrouver. Nous pouvons notamment l’observer dans la multitude d’associations dont regorgent Bruxelles par exemple. Nous pensons rarement à celle-ci de façon intersectionnelle mais est-ce possible ?
Le 8 novembre 2025, une manifestation pour dénoncer le génocide du Congo s’est organisée sur la place Lumumba à la Porte de Namur. 40 personnes s’y tenaient, des dizaines de personnes passaient à côté comme si cela ne les concernait pas.
En parallèle, le peuple belge, et le monde entier se mobilise pour dénoncer la situation politique en Palestine.
Malgré l’ouverture à la cohésion, la division prend le dessus car la frustration mène à la haine à force de vivre des inégalités : « choisir l’amour c’est aller à l’encontre des valeurs dominantes de cette culture ».
La société capitaliste nous apprend à penser l’individuel, à nous séparer à nous écraser. Nous apprenons à détester avant même d’aimer.
Il n’y a pas de place pour le métissage des identités et encore moins de place pour les autres minorités.
Dans ma famille, il était commun d’entendre des remarques homophobes, racistes, sexistes et j’en passe.
Avec ma sœur, nous avons été élevées dans la tradition musulmane et dans les valeurs d’hospitalité marocaines. Je me suis toujours demandé comment était-il possible de vouloir accueillir n’importe quel individu mais pour autant vouloir nuire à d’autres.
Ne serait-ce point parce que le réel persécuteur de type « homme cis blanc hétérosexuel » nous a formaté à réagir de la manière dont il nous traite ?
Mais qui est notre réel ennemi ? Les minorités ou ceux qui nous oppressent tous et toutes ?
Bell Hooks nous invite à conscientiser cela afin de penser le collectif. Il s’agit de renoncer à nos filtres et de nous regarder comme nous sommes vraiment pour ensuite déconstruire et ainsi reconstruire tous et toutes ensemble.
Ce n’est pas en un article, en une remise en question, en un podcast ou en une discussion que l’on reprend le contrôle. Il s’agit d’un travail à long terme, de patience et de beaucoup d’amour.
Bien que nous soyons sans cesse assommé.es de multiples sources ou discours, nous devons prendre la responsabilité de les analyser avant d’y adhérer.


