Faut-il faire comme si ?

Imane explore les fissures et les forces de nos fictions démocratiques, là où le droit rencontre la justice et la résistance et y dévoile la puissance fragile du “comme si” qui structure nos vies collectives.

Faisons comme si nos voix comptent et je vous l’assure :

elles finiront par faire tomber les murs.

Car les comme si peuvent en abattre, mais aussi en porter.

Ce sont eux qui soutiennent les murs du palais de justice. 

Allez place Poelaert, derrière les échafaudages : vous verrez que le juge porte une toge signée comme si.

Faire comme si l’accusé était innocent jusqu’à preuve du contraire :

présomption d’innocence. Sans laquelle aucun procès équitable ne serait tenu.

Faire comme si nul n’ignore la loi pour pouvoir rendre justice : fiction de l’ignorance.

Sans laquelle l’égalité devant la loi n’existerait pas.

Faire comme si une entreprise était une personne morale : personnalité juridique.

Sans laquelle aucune justice et responsabilité économique ne serait rendue.

Faire comme si un État peut être tenu responsable : fiction démocratique

fondamentale. Un fondement démocratique bafoué par Netanyahou malgré le

mandat de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre à Gaza.

Les voyez-vous ? Ces comme si qui ponctuent chaque texte de loi ? Ils structurent nos

institutions, bâtissent le contrat social, renforce nos droits et libertés. 

Le comme si est maître de démocratie.

Il ne se murmure pas qu’au palais de justice bruxellois, et heureusement.

Dans quelques jours il reprendra la mer. Il a déjà pris le nom d’une pêcheuse

palestinienne à qui on a confisqué injustement son bateau : Madleen.

Madleen fait

comme si une flottille pouvait transporter la liberté. Pas d’armes. Rien que des

comme si d’espoir, de paix, de dignité. Pas de peur, mais un comme si de solidarité.

Un comme si symbolique. Un comme si vital. Un comme si de justice. Un comme si

attendu derrière les murs qui affament Gaza. Un comme si chargé d’un peu d’aide

humanitaire… Mais surtout de beaucoup de courage, de résilience, de justice. Et

surtout d’un seul message : laissez les oliviers pousser, laissez les enfants dormir

sans les empêcher de se réveiller.

Malgré les hurlements d’appel à l'aide, le monde reste silencieux.

Face à cette dissonance, iels ont choisi d’y croire, de faire comme si ce bateau

pouvait atteindre la bande de Gaza. 

Faire comme si le blocus était affrontable, c’est confronter la violence d'Israël à celleux qui se confortent dans l’argument de légitime défense.

Un comme si politique. Un comme si stratégique. Un comme si pacifique. Un

comme si d’urgentiste.

Il nous faut tous embarquer sur une Flottille de Liberté. Sur mer, dans la rue,

sur les réseaux ou pendant nos oraux : Faisons comme si nos voix comptaient.

Et je vous l'assure, elles finiront par faire tomber les murs.

Imane Oudghiri
9/7/2025

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