
Un édito qui vous invite à nous rejoindre prochainement, nos invitations, nos batailles.
De nombreux enseignants se retrouvent sans heures à prester dans un système pourtant en pénurie de profs.
Le budget est explosé, l’enveloppe est fermée, il faut trancher en “ingénieurs” plutôt qu’en poètes. La guerre des avenirs oppose l’éducation et la jeunesse à la rationalité budgétaire.
Les politiciens qu’on paye pour trouver des solutions brandissent l’image d’une situation sombre qui appelle aux pires efforts, alors que le futur pré-élections s’annonçait radieux, abreuvé de leurs belles promesses.
On le sait maintenant, les programmes n’engagent que celleux qui y croient, mais même les décisions peuvent être défaites.
A Gaza, étudiant.e.s et chercheur.euses muni.e.s d’un visa en règle attendaient de pouvoir quitter la scène du génocide, pour eux aussi faire leur rentrée des classes en Belgique.
Mais la ministre hésite maintenant à évacuer la poignée d’êtres humains qui étaient pourtant sûrs de bientôt pouvoir étudier en paix. C’est que ces treize âmes pourraient en entraîner d’autres dans leur sillage, s’installer durablement dans notre pays… Terrible menace apparemment, qu’il faudrait tarir à la source. Ici, tarir, c’est tuer. C’est le lien de cause à effet inéluctable pour tout.e Gazaoui.e sous génocide. Mais il semble que pour la ministre, le 13 porte malheur. Fi de rationalité cette fois-ci, la superstition raciste doit l’emporter, les gazaoui.e.s seront donc sacrifié.es sur l’autel de la guerre anticulturelle par l’extrême-droite et ses complices.
La guerre effraye, la guerre détruit, la guerre tue, la guerre n’a que des défauts, mise à part sa faculté à nommer le conflit, à le matérialiser.
On a peur, on est anéantis, on meurt, mais on sait pourquoi et par qui, et les auteurs doivent assumer leur conception de ce qui est plus précieux que la vie.
Le monstre, lui, fait peur, le monstre dévore, aussi, mais le monstre, lui, se cache.
Le monstre peut même se parer de beaux habits pour appâter, et se dérober une fois la victime dévorée
Récemment, la Maison Blanche a mis en ligne une appli permettant de jouer à l’ICE en train d’attraper des personnes sans-papiers. “Deported”, c’est gagné.
Dans un autre style, on a constaté cet été que l’agence Frontex avait publié des brochures à l’attention d’enfants en passe d’être chassés, décrivant le “retour” dans “le pays de ta famille” de manière ludique.
Si le monstre séduit, pourquoi parle-t-on de victimes ? Et si le monstre est cool, pourquoi ne pas devenir comme lui ?
La guerre attend de se conclure par une victoire, le monstre souhaite faire des petits.
Une fois reproduit, il n’est plus étrange, il n’est plus laid, il n’est plus monstre, il est comme nous.
Ceux qui le dénoncent ne sont pas crus, pire, au contraire, ce sont eux les fous.
Pour les jeunes en décrochage scolaire, nos ingénieurs proposent l’intervention de la police, et pourquoi pas des amendes aux parents, sauf en cas de maladie.
Et si la maladie est celle de la précarité, des profs débordés, des classes surchargées, des énergies mal exploitées, des voix non écoutées, des colères non exprimées, des intérêts non considérés, parce que ni temps, ni argent, ni budget, ni enveloppe ?
Et si la maladie, c’est le monstre ? Et si le monstre, c’est eux ?
C’est la rentrée des casses, leur réponse sera la répression.


