
Les fragments qui restent, c’est un exercice qui demande à la fois de l’exigence et de l’écoute. C’est enfin prêt : les mots, les intensités de la soirée sur « La jeunesse, nouvelle horde mondiale ? » ont été précieusement recueillis.
Au numéro 18 rue Joseph II s’élève la maison de la Francité, un bâtiment classé, qui abrite les bureaux des Ambassadeurs d’Expression Citoyenne et les vestiges de l’ancien hôtel Hèle. Ce 25 juin, c’est au sein de l’ancien, aux murs d’inspiration Art Nouveau que Parresia clôture l’année avec une soirée débats dédiée à la Jeunesse Ensauvagée.
Regardons nous…
Que se passe-t-il lorsque résonne une succession d’affirmations quotidiennes ou engagées au cœur de ce témoin de l'architecture néoclassique bourgeoise du 19e qu’est la Salle Hèle? Les yeux sont-ils rivés sur les moulures des très hauts plafonds, sur la prochaine prouesse humoristique d’Ines Talaouanou, maîtresse de cérémonie, sur les autres autour? Parmi ces élèves du secondaire, étudiant.e.s, bénévoles et professionnel.le.s, qui se lève lorsqu'iel se reconnaît dans la phrase énoncée? Qui reste sur sa chaise? Naturellement, chacun.e est invité.e à se demander: en qui puis-je me reconnaître? Qui m’intrigue? Avec qui ai-je envie de discuter plus tard? Qui ai-je envie de rencontrer?
C’est donc dans ce faste décor que la glace est brisée pour débuter la soirée consacrée à la Jeunesse Ensauvagée.
Moins de dix ont bien dormi la veille mais aujourd'hui quasi toute la salle s’engage dans des petits ou grands combats.
Et si celui d’un sommeil qualitatif n’est pas encore gagné, le pari des rencontres, lui, est bien relevé.
Le combat passerait-il par le lien?
Pour vérifier l’hypothèse, Parrêsia fabrique entre les murs de la Maison de la Francité une bibliothèque vivante. Et pour ne pas les laisser prendre la poussière, les livres ne sont pas alignés sur une étagère mais dispersés dans quatre pièces et forment des cercles de paroles avec les lecteur.ice.s.
Parmi les lectures proposées, choisissez ou plutôt rendez-vous dans la pièce correspondant au tampon sur le dos de la main reçu à l’entrée:
“Prison, angle mort des sociétés” avec Harold Sax, avocat au Barreau de Bruxelles, spécialisé en droit pénal et de la jeunesse et coprésident de l’observatoire international des prisons, on s’y questionne sur les profils de la population carcérale, le mythe de la justice laxiste et sur les besoin des victimes.
Si la prison est une machine à récidive, répond-on aux besoins des victimes en créant de nouvelles victimes pour leur rendre justice?
“Peut-on réenchanter la jeunesse?” avec Clémence Attar, autrice, dramaturge, metteuse en scène et la plume derrière "Les Enchantements”, une histoire de canicule en banlieue.
Que faire en cas d'extrême chaleur? La question tombe à pic!
Ce 25 juin 2026, le mercure affiche plus de 34 degrés. Qu’en est-il de l’accès à la fraîcheur? Pendant que certain.e.s de nos contemporain.e.s s’enflamment sur les plateaux télévisés armé.e.s d’arguments pour ou contre la climatisation, les personnages de Clémence Attar fabriquent une piscine d’appartement armé.e.s de bâches, de bouteilles d’eau, d’humour et de débrouillardise face à un système qui bétonise, entasse et déshumanise.
“Comment réenchanter nos quartiers?” et pour les formules permettant de tisser des liens entre cette jeunesse ingénieuse, ses quartiers, ses habitus et les institutions: Khaled Boutaffala, directeur de l’asbl Atmosphère.
Pour creuser l’échelle du lien avec les institutions, Amine El Asli, éducateur spécialisé et collaborateur du délégué général aux droits de l'enfant, nous rappelle: “ce sont les jeunes qui vivent les organisations et leurs manquements”.
Pour aborder ces thématiques, quelques post it (chacun.e y note ce qu’elles lui évoquent), les quatre livres (n’y voyez rien de sacré) et puis on pioche, on se réapproprie, on désacralise (justement). “En nos mots”, une précieuse demi-heure de discussion.
Et en leurs mots, revenons sur le titre de cette soirée.
“Jeunesse Ensauvagée”.
Si certain.e.s sont “pour une fois, fier.e.s de l’étiquette qu’on leur colle”, d’autres se demandent à qui se permet-on de l’accoler.
“Pour moi ce qualificatif est uniquement utilisé pour les jeunes racisé.e.s, pour les jeunes non racisé.e.s, on donnerait des noms relatifs à ce qu’iels font (comme affluenza) mais là, c’est un état de fait, c’est leur condition, c’est ce qu’iels sont”. Quitte à parler de conditions, “pourquoi parle-t-on de la violence du fleuve sans parler des rives qui l’enserrent”?
Une chose est sûre, il y a un truc autour du mot “sauvage”. Il y a une nuance à relever avec le mot “barbare” aussi. La version de la personne “sauvage” qu’on aurait touché, tenté de modeler mais qui résiste à la domination culturelle, la domestication de la pensée et l’assimilation.
Enfin, il y a “Rester Barbare”, l’essai de Louisa Yousfi qui décortique la promesse du poète Kateb Yacine: “il faut que je garde une espèce de barbarie, il faut que je reste barbare”.
A l’issue des discussions et les méninges nourries par un buffet coloré signé Chez Khaddouj (un généreux repas, quel merveilleux prétexte pour encore rencontrer et continuer d’échanger), chacun des quatre groupes via son panéliste /porte parole/ livre vivant partage au grand groupe une synthèse des échanges.
Ainsi, chacun.e repart avec une envie de plus mais moins seul.e, des doutes et des peurs transformés en quelque chose, qu’il s’agisse de nouvelles questions à explorer, de réflexions préexistantes alimentées par l’intelligence collective ou une invitation, face aux crises (individuelles ou collectives), de réconcilier rêve et lutte.


