
La jeunesse, nouvelle horde mondiale ?
Je descends à la station Comte de Flandre, côté canal, côté gentrifié et je découvre un nouveau dispositif dit “de sécurité”.
Nouvelle station à être “enferraillée” pour réguler ce que la nuit charrie comme “incivilités”.
On a troqué les pas en mouvement des agents de prévention pour du métal figé et figeant une frontière entre les utilisateurs validés… « bip »… et le reste.
“Vous comprenez, il faut bien agir pour stopper ce fléau de violence lié au trafic de drogueauclanàlimmigrationaucommunautarismeàlislamàgazaauxpèresabsentsauxécolespoubellesauxécrans auxtastycrousty à tout ce que je peux incriminer sans citer notre part de responsabilité.”
Depuis combien de temps les lignes du métro bruxellois dessinent une guerre de tranchées ?
Deux jeunes se jouent des portiques et semblent s’entraîner à un 110 mètres haies !
Me voilà à imaginer des disciplines olympiques entre eux et la police. Lancer de projectiles, course relais, lutte au sol, avec en apothéose du twirling de matraque. À ces jeux-là, les « uniformisés » sont dopés aux quotas et gavés aux préjugés ; à ces jeux-là, pas de gagnants, mais de sérieux dégâts.
“L’ensauvagement de la jeunesse”… Rien que ça ! Les mots sont performatifs et ceux qui les manient le savent, avec quelques secondes d’avance sur ceux qui les entendent.
Lanceurs d’angoisses, ils disent “ensauvagement des quartiers” et nous voilà à imaginer Attila et les Huns se déversant dans nos campagnes, sauf qu’au vu du bitume de nos rues, peu d’herbe à saccager.
Du vert perdu au vert que l’on veut retrouver, “ensauvager” puise ses racines dans la description de celui qui souhaite retourner à la forêt, rétif à la civilisation.
Entre cette première utilisation et celle communément admise, l’extrême droite est passée par là et, comme pour bien d’autres mots, elle l’a retourné pour en faire un puissant déclencheur de rejet : “le sauvage, c’est l’autre, l’étranger aux mœurs menaçantes”, avec en point de départ un slogan du Front National des années 70 : “Halte à l’immigration sauvage !”
Et en quelques décennies, une jolie pirouette sémantique : “Halte au pléonasme !” puisqu’il suffit de dire immigration pour que l’on entende le reste.
Ici, aucune intention à minimiser la brutalisation de la société, bien au contraire : elle m’effraie et me donne l’impression que toute expression de douceur est une goutte dans le désert. Mais comprenez que c’est davantage notre attitude face à cette violence spectaculaire qui m’inquiète que ces violences elles-mêmes, aussi spectaculaires soient-elles.
À pointer inlassablement la jeunesse, en plus de repasser un disque rayé depuis l’Antiquité, on fait d’un possible levier un défouloir pour fachos frustrés (halte au pléonasme on a dit !).
Mais je dois dire que la solution proposée par la bande à Théo m’a surprise, avec le service militaire en mode Win for Life. Tu rampes et t’assures une rente.
Masterclass du cynisme.
Bruxelles, c’est 4 jeunes sur 10 vivant en dessous du seuil de pauvreté.
C’est un accès aux études comme on entre, ou pas, aux Jeux d’hiver et un tissu associatif passé au séchoir.
Une pierre, deux coups : on les sort de la misère et on les (re)dresse ! C’est pas beau, ça ?
Ensauvagement, disent-ils, et à regarder celleux qui le disent, ça me démange de rejoindre les étiqueté·e·s.
“C’est à se demander : celui qui déshumanise est-il au moins l’humain à partir duquel il croit pouvoir jauger l’âme des autres ?” (Louisa Yousfi)
À jouer à la polarisation de la société tout en affaiblissant le socle commun, on risque surtout de la faire basculer.
Je n’ai pas de solution, juste des prémices de réflexion que ce nouveau dossier de Parresia vous propose d’entamer collectivement.
À suivre donc…
Le podcast
A écouter dans ce podcast :
[Mauvais genre]
La playlist
Les articles
.jpeg)
Ayoub Bouda est venu nous rendre visite pour nous raconter l’histoire du combat qui a changé sa vie. Son frère, Mehdi Bouda, a été victime de violences policières, violences qui lui ont coûté la vie. Découvrez son histoire
Vous souhaitez intervenir?
.jpeg)







.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpeg)


.jpg)
.jpg)

.jpg)
.jpg)

.jpg)

.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)
.jpg)

.jpg)
.jpg)

.jpg)



